
Phénomène qui se répand, l'Association pour le maintien d'une agriculture
paysanne (Amap) ne se cantonne pas à un simple rapprochement
consommateur-producteur, ni même à la quête de produits plus sains et moins
chers. A la Krutenau-Centre comme ailleurs, en signant la charte des Amap, on
devient « consomm'acteur ».
Ce mercredi, ils auront droit à un long pain et à un pot de sucre, « en
complément des asperges ». S'ils savent avec qui ils se sont liés
- le producteur -, les « consomm'acteurs » ne connaissent
pas d'avance ce que leur réserve le panier. Tout le sens du mot
« engagement »...
Car s'inscrire pour six mois, venir chaque
semaine chercher son panier, manger des légumes ou des fruits locaux et de
saison, sans les choisir, selon les aléas de la production, sont autant de
contraintes que précisément les adhérents appellent « choix ». Ce
dont doutait au départ, il le reconnaît, Vincent Schoffer, du Jardin d'Agnès à
Ittlenheim, qui fournit aujourd'hui l'Amap de la Krutenau-Centre :
« J'avais l'habitude des marchés. Ici, le public est plus
engagé. »
Face aux cageots de patates, encore enrobées de terre,
Maurice, artisan-relieur de 57 ans, le dit tout ferme : « Je lutte
contre le gros commerce broyeur ! » Pour Léa, 18 ans, qui vient pour
sa maman, c'est plus flou, mais ça participe d'un « esprit : à la
maison, on est vachement tri, tout ça ». Sandrine, 42 ans, voit même dans
sa démarche « une façon d'interpeller » ses enfants.
Cette
semaine, le maraîcher inscrit au tableau : une mesure de pommes de terre,
huit oignons, une barquette de fraises, une botte d'asperges, quatre salades.
« Les tomates devraient être là, elles auront 15 jours de retard. On
les attend, avec les concombres, aubergines et poivrons (...) Mais il y a des
salades à foison, servez-vous ! ».
Partage des risques
L'adhésion à une Amap relève d'une ambition bien plus générale
encore : « Pouvoir développer des productions locales respectueuses
de l'environnement », tel que le souligne Manuel Santiago, responsable
bénévole du groupe. Et surtout, le permettre au producteur en partageant les
risques. Ce qui séduit Claudia, 43 ans, et Christophe, 36 ans, qui n'hésitent
pas à compléter leur panier au stand bio du marché de Kehl.
Pour
certains, le prétexte reste bien plus simple : aux légumes de supermarché
ils trouvent une mauvaise mine, ils adoptent la démarche « pour manger des
légumes ! » Dernière vocation et non des moindres : créer du
lien social. Par des coups de main, quand on ne peut pas aller chercher son
panier, des échanges de recettes... L'un de découvrir un légume
« oublié », l'autre de sourire : « Avant, je jetais les
fanes de radis, mais la dernière fois, le producteur nous a donné un truc pour
les utiliser ».
Manuel Santiago en profite pour faire un
travail d'éveil et de sensibilisation : « L'Amap, ce n'est pas
uniquement venir chercher ses légumes ».
Nelly Schumacher
L'Amap de la Krutenau-Centre a ouvert en septembre 2007 et compte 70
adhérents.Distribution chaque mercredi de 18 h à 19 h 30 au
Cardeck, place des Orphelins (Krutenau). direction@cardeck.net. 20 € le
panier, 10 € le demi-panier.
DNA Édition du Dim 20 juil. 2008,