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vendredi 8 août 2008 Strasbourg-Grandfontaine

Repas chez Eliane avec Roland, Martha,... Journée détente improvisée. Bon, si je commence comme ça je reste les doigts en éventail en bonne compagnie. Je sens le danger. Après une soirée autour d'un colombo, bien arrosée et enfumée, je quitte ce lieu de forte sociabilité et de convivialité pour reprendre l'ordre du jour de mon voyage. La route, la solitude, le bitum, les vaches, le vent, le soleil, la pluie,...

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samedi matin Grandfontaine-Malplaquet

Première étape programmée de mon voyage. Le hameau de Malplaquet se trouve protégé au sommet d'une côte en face du Donon (dans les Vosges). J'arrive en fin de matinée et tombe sur une ferme en pleine activité. Chacun est à sa tâche. Je me pose en observant les allers et venus en me demandant comment je vais prendre place dans ce foisonnement d'animaux, de personnes et que tout cela continue à garder une cohérence. Pas de panique je connais les animateurs du lieu et je leur fais toute confiance. Vincent n'est pas là, je peux occuper sa chambre et surtout son lit. Luxe suprême. Lorsque Martin arrive du marché Lionel et moi l'aidons à décharger la camionnette - Lionel et sa compagne ont pris un an de congé et font un tour de France en camping-car pour découvrir les exploitations agricoles -Ensuite, je fais mon programme des prochains jours à la ferme et Samuel me propose de faire la traite des brebis à Grandfontaine Minières le lendemain matin. La traite se déroule sur le lieu où les brebis paissent. La traite est un moment magique, le contact des pis et du lait chaud ne peuvent vous laisser indifférents.

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L'après-midi, Claus nous propose sympathiquement de chercher deux veaux qui se trouvent à Alpet. Après une hésitation collective nous sommes à six pour donner un coup de main. D'après Claus, dans trente minutes nous sommes de retour, une heure au plus. Il nous devance et nous le rejoignons avec une crainte diffuse une heure plus tard ... Nous arrivons sur le pré où une cinquantaine de vaches et deux chevaux paissent dans une ambiance tendue. Nous apercevons Claus ainsi que la camionnette qui est censée transporter les veaux. Lorsque je calcule la situation je comprends que la partie ne sera pas romantique. Les veaux sont plutôt deux taurillons qui ne partagent pas notre projet. Le troupeau est tout à fait solidaire avec eux. S'engage alors une partie de cache-cache-course-poursuite avec les taurillons qui se glissent dans le troupeau pour ne pas être attrapés. Nous nous organisons sous les ordres de Claus pour orienter le troupeau vers la camionnette et finalement attraper le taurillon à la manière des indiens. Mais bon, on est pas des indiens et le taurillon, lui, c'est un vrai taurillon. Après une heure de corps à corde avec le taurillon, une porte de la camionnette explosée, la moitié du troupeau éparpillée dans les collines voisines nous finissons par le faire entrer dans la camionnette. Re-belotte avec le deuxième taurillon.

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La fin de journée se finit calmement avec les vaches laitières. Nous prenons les VTT et les ramenons avec l'aide du chien de Martin de Salm. Je participe à la traite des vaches qui se fait mécaniquement. Les litres de lait passent par de nombreux tuyaux pour finir dans une grande jarre moderne. La masse musculaire des vaches m'intimident mais les conseils de Martin et son savoir faire finissent par me rassurer. Nous finissons vers 22 heures après un nettoyage poussé des installations.

lundi 11 août Maplaquet - Charmes

Beau temps le matin, pluie l'après-midi. J'arrive trempée et décide de passer la nuit à l'hôtel carpinnien. Je pars le lendemain matin sous la pluie. En début d'après-midi le soleil revient et la route paisible et sympathique m'emmène jusqu'à ma prochaine étape.

mardi 12 août Charmes - Culmont

Nuit passée à la ferme, chez un éleveur de montbéliarde: 300 bêtes, 300 hectares, céréales pour l'alimentation des animaux. Cet éleveur ne veut pas faire du "bio", trop de contraintes: il faut attendre 5 ans pour la certification de l'exploitation en "bio", la luzerne ne pousse pas bien sur leur terre, la chasse aux mauvaises herbes ça le motive pas, les bénéfices reviennent en bout de chaîne aux revendeurs,... Ils ne sont pas prêts à transformer leurs produits en fromages et à les vendre.

mercredi 13 août Culmont - Étang sur Arroux

Journée très pénible, vent de face, pluie,... j'ai joué du coude à coude avec les camions et j'ai failli me retrouver dans le fossé à plusieurs reprises. J'ai mis fin au combat en prenant le train à Dijon.

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Ambiance. Pendant les quelques pauses dans les cafés j'assiste au triste spectacle des français engagés dans ces tristes jeux olympiques ... Je suis toujours étonné par notre intérêt soudain (et passager) pour des disicplines sportives que nous ignorons ensuite pendant quatre ans : lutte, haltérophilie, ... Il a fallu attendre mercredi pour qu'un lutteur inconnu ré-anime les conversations du peuple français des comptoirs. Malgré les contre- performances des athlètes, les propos étaient toujours compréhensifs, surtout pour Laure Manaudou. Le bon sens du pilier de comptoir fait toujours mouche " ... à une autre époque nous nous serions réjouis d'une place en finale des épreuves de natation... alors ..." Première nuit au camping. Municipal. Pizza molle mais douche chaude.

jeudi 14 août Étang sur Arroux - Cercy

Dans la traversée du Morvan j'ai passé la plus belle journée de bicyclette de mon séjour. Après ça pas besoin d'être écologiste pour comprendre que l'aménagement du territoire passe par la présence de vaches et autres ruminants. Après une montée et une descente j'arrive à l'heure du déjeuner à Moulins-Engilbert. Nous sommes deux à table, avec un motard arrivé au même moment. Après plusieurs jours de route au pays du charolais je me prépare à en déguster un bon morceau. Nous commandons tous les deux le plat du jour avec onglet à l'échalote au programme. Une pancarte attire mon attention dans le restaurant. L'origine des viandes: Argentine, Italie, Pays-Bas, Australie et France. Là, un doute traverse mon esprit !? J'appelle la serveuse pour lui demander une explication, ne comprenant pas elle s'en va et deux minutes plus tard le patron "him-self" vient à notre table. "vous comprenez notre fournisseur, suivant le type de viande, s'approvisionne dans des pays différents. Par exemple, les agneaux naissent en France et partent pour l'Italie pour être engraissés et ensuite ils reviennent en France." J'ai du mal à comprendre, alors je précise ma question. "L'onglet il est du coin ?" Alors ça il ne sait pas. "Peut-être!" Notre discussion n'est pas allée plus loin.

vendredi 15 août Cercy - Moulins

Aujourd'hui c'est une ballade au bord du canal. Ca me change des montées et descentes. Les chemins de halage sont d'habitude des lieux propices aux cyclistes. Pas là ! Les portions entre les écluses commençaient et finissaient systématiquement par des barrières. Le chemin était recouvert de gravier... J'ai pas fait long feu et illico j'ai repris les petites routes de village. Ca me dérange pas plus que ça, les canaux ça va un moment. Le spectacle des platanes et des touristes sur les bateaux entrain de lâcher des gaz n'est pas des plus bucollique. Le soir, arrivée au camping et dîner à "la Paillotte", restaurant charmant au bord de l'Allier. Rencontre avec une famille intéressée par ma dégaine. Le père avait fait un voyage "initiatique" à vélo dans sa jeunesse au Maroc. Nous avons échangé quelque réflexions sur le voyage, le tourisme,... Nous étions d'accord que le modèle actuel de tourisme était néfaste : pollution, stress, sur-consommation,... Malgré le prix élevé du pétrole les français n'avaient toujours pas abandonné la voiture. La bicyclette n'était l'apanage que des belges ou des hollandais. Que les français ne concevaient pas encore la bicyclette comme un moyen de déplacement pour le voyage. Bon, y'a encore du boulot à faire d'éducation, d'information,...

samedi 16 août Moulins - Ferme de la Mhotte

Petite étape. Après un rangement rapide de la tente, j'arrive à "l"échoppe" à 11h. Top ! Je prends un café et deux petits pains qui sont en service libre. Une corbeille est là pour accueillir les dons pour régler la note. Ca sent l'autogestion. Ambiance détendue. Entre nous. De nombreux jeunes couples font leur course du samedi matin : Pain "bio", légumes "bio", ... l'échoppe fait partie du réseau "biocoop". Après un pique-nique je tombe sur Simon. Ca tombe bien, c'est lui que je devais rencontrer. Nous échangeons quelques mots de circonstance et il m'invite à déjeuner. C'est avec plaisir que j'accepte. Nous rejoignent : Pierre, Benoît, Clara, Damien, ... Les sujets de discussion nous amènent aux AMAP. La discussion se poursuit avec Benoît, agriculteur "bio-dynamique", il est à la ferme depuis 4 mois et a repris l'exploitation agricole. Benoît est originaire de Truchtersheim, chez nous en Alsace. Il me propose de l'aider, j'accepte avec plaisir. Après les vaches, les taurillons et les brebis, direction le potager géant. 0,7 hectares. 70 fois la taille mon jardin ouvrier. Nous avons consacré la première journée à planter 300 chicorées (salades d'hiver). Le lendemain nous nous sommes attaqués aux mauvaises herbes : rumex, chardons, chiendent,... La bio-dynamie c'est pas de la tarte ! Petit retour rapide sur l'histoire de la ferme de la Mhotte. C'est ici que pendant 15 ans Kokopelli (http:www.kokopelli.asso.fr) a lancé son activité militante autour des semences paysannes . Non loin de là, à Bourbon l'Archambault, est née la Nef, société financière sociale et solidaire (http:www.lanef.com). En 1999, l'école Steiner qui se trouve en contre-bas de la ferme a été durablement affectée par les mesures anti-sectes. Aujourd'hui une nouvelle dynamique semble relancée. L'échoppe, la Grange, une AMAP, le chant des possibles, le gîte, une éco-hameau et de nombreux autres projets sont portées par une nouvelle équipe.

lundi 18 août Ferme de la Mhotte - Montluçon

Départ difficile. J'aurais aimé rester, mais il faut que je sois à Toulouse pour le 20 et j'aimerais encore m'avancer à bicyclette. La journée a été très pénible. Temps très chaud et vent de face. Le pire. J'ai fini la journée cramoisi sans m'en rendre compte. L'entrée dans Montluçon n'en finissait pas d'être annoncée. Elle n'arrivait pas. Une erreur de lecture sur la carte et je me retrouve sur une nationale, ça ne pardonne pas à vélo. Je fais marche arrière, condamné à faire le contour de la ville, cela fera 10 bornes de plus. Après une descente sur une énorme avenue j'arrive au centre de Montluçon défait, je saute dans le premier train pour ailleurs. Ca sera Guéret. À la sortie de la gare de Guéret je décide d'avancer dans mon itinéraire et de rejoindre le camping de la Chapelle Taillefert à 8 km. Pas de chance, les quatre premiers m'invitent à une côte, il est 20 heures, j'aurais pas besoin de compter les moutons pour m'endormir ... L'effort en valait la peine. Super camping municipal. La classe. Je saute direct du vélo à la douche. Je jette la tente et m'y réfugie. Demain sera un autre jour ...

mardi 19 août

En effet, hier cagnard et vent de face, aujourd'hui gris et pluie qui n'en finit pas. Je calcule le temps, et les pauses dans les averses, pour ranger mes affaires et plier la tente. Très belle exercice d'anticipation métaphysique et de logique. Ce genre d'exercice m'amuse ! Le responsable du camping arrive avec une camionnette à 11 heures, la météo ne m'inspire pas confiance. Après avoir accepté de me déposer à la gare je range toutes mes affaires dans sa fourgonnette et nous quittons le camping sous les averses. Après 700 km au compteur mon voyage à vélo s'arrête là. Je prends un billet direct pour Toulouse. Une autre partie de mes vacances s'ouvrent à partir de là, les journées d'été des Verts.

merci à tous ceux qui m'ont aidés, encouragés, parlés, écoutés, ... : dans l'ordre des rencontres : éliane, roland, martha, jeanne, isaac, martin, vincent (qui m'a laissé son lit), samuel, claus, banibé, lionel (sa soeur et sa mère), la jeune fille à l'accueil du syndicat d'initiative, la famille à "la paillotte", simon, clara, benoît, léonore, xavier, le monsieur à la camionnette, marie ... et toutes celles et ceux que je n'ai pas cités, toutes les vaches, chevaux, moutons, ... qui m'ont vu passer et à qui j'ai adressé des cris barbares.

QUELQUES REMARQUES

- Petite suggestion au Président du département de la Nièvre pour faciliter la cohabitation cycliste-piétons sur les chemins de halage. Plutôt que de mettre des barrières et du gravier pour limiter la vitesse des cyclistes, aménager un côté pour les piétons et l'autre pour les cyclistes

- À l'office du tourisme de Dijon j'ai réclamé le guide des hébergements de la région. Celui-ci n'est plus édité et distribué gratuitement par la Région' depuis cette année

- À St Léger dans le Morvan j'ai signé une pétition pour le maintien du bureau de Poste dans le village

- Dans les gares des petites communes les horaires et les guides des transports régionaux ne sont plus systématiquement sur les présentoirs, il règne une atmosphère de musée. Lorsqu'elles existent encore ...

- Penser à décerner des labels des villes les plus agréables, les plus conviviales, ... comme les villes les plus cyclables, les plus fleuries,... en fonction des bancs, des points d'eau et des abris pour se reposer

- Ce voyage peut-être réalisé par n'importe quel cycliste, et avec un peu plus d'organisation, par une famille ou un groupe de copains

- Malgré les conditions météorologiques et les quelques contrariétés ce fût un beau voyage ! À refaire.